The Wall
La perte d'un investissement de 2 millions de livres a conduit le groupe dans le Sud de la France pour enregistrer un double concept album qui s'est trouvé être leur projet le plus "Rogerien" jusqu'à présent. C'est à partir de ce moment là que le Pink Floyd phase 2 a fini par se dissoudre.
DG : Je continue toujours de penser qu'une partie de la musique est d'une incroyable pauvreté, mais The Wall est conceptuellement brillant. En ce temps je pensais que c'était Roger qui listait toutes les choses qui pouvaient rendre une personne complètement isolée. Je me suis rendu compte que c'était la personne la plus heureuse du monde qui faisait un catalogue d'abus contre ceux qui n'avaient jamais rien fait pour lui. Roger s'appropriait de plus en plus les crédits des chansons. Dans le song book de l'album par exemple, pour Confortably Numb c'est marqué : "musique de Gilmour et Waters." Ca ne devrait pas. Il a fait les paroles, j'ai fait la musique. Et des petites choses comme ça j'en trouve partout.
NM : L'enregistrement était très tendu, principalement parce que Roger commençait à aller assez mal. C'est à ce moment qu'il ne pouvait plus voir Rick. Rick a un style naturel, un style de piano très spécifique, mais les morceaux ne lui viennent pas facilement. Ce qui est un problème quand les autres se harcèlent pour savoir qui a fait quoi et qui devrait obtenir les crédits de telle ou telle chanson. Il y avait même des discussions entre Roger et Dave pour m'évincer et continuer en duo. Il y avait des moments pendant The Wall où Roger et Dave faisaient absolument tout. Rick était inutile et je n'étais pas d'une grande aide non plus.
DG : D'une manière générale, Nick a travaillé dur et a bien joué sur The Wall. Il a même développé une manière de lire la musique pour les percussions. Mais il y avait un morceau appelé Mother où il n'y arrivait vraiment pas. Alors j'ai engagé Jeff Porcaro pour la faire. Roger a tout de suite pris possession de cette idée, comme il le fait toujours avec mes idées, et il s'est mis à se demander si Nick était vraiment nécessaire.
RW : Roger est arrivé avec l'album complet en démo, tout le monde en a ressenti le potentiel mais musicalement c'était très léger. Vraiment très léger. Bob [Ezrin], Dave et moi-même avons travaillé dessus pour le rendre plus intéressant. Mais Roger avait un égo énorme et disait que je ne m'investissait pas suffisamment, bien qu'il m'empêchait de faire quoi que ce soit. La fracture vint quand nous sommes tous partis en vacances vers la fin des enregistrements. Une semaine avant la fin des vacances, j'ai reçu un appel de Roger d'Amérique me disant de venir immédiatement. Ensuite il y a eu cette réunion pendant laquelle Roger m'a dit qu'il voulait que je quitte le groupe. J'ai d'abord refusé. Alors il s'est levé et a dit que si je n'acceptais pas de partir après que l'album soit fini il prendrait les enregistrement et les emmènerait avec lui. Il n'y aurait pas d'album et donc pas d'argent pour payer nos énormes dettes. Alors j'ai accepté. J'avais deux jeunes enfants à charge. J'étais terrifié. Maintenant je pense que j'ai fait une erreur. C'était un coup de bluff de Roger. Mais je ne voulais plus jamais travailler avec ce type.
DG : Nous avions un studio d'enregistrement dans le sud de la France où Rick restait. Nous autres avions loué des maisons à 20 miles de là. Nous rentrions chez nous le soir et on disait à Rick, fait ce que tu veux, tous les morceaux sont là, écris quelque chose, joue un solo, fait quelque chose. Tu as toute la nuit chaque soir pour le faire. Tout le temps que nous étions là bas, plusieurs mois, il n'a rien fait. Il était incapable de jouer quoi que ce soit.
The Dark Side Of The Moon
Le futur commence ici. Enregistré à Abbey Road sur la nouvelle table de mixage 16 pistes, les chansons sont liées entre elles par un même concept. Dark Side était l'album qui propulsa le Floyd du statut de groupe culte à celui de pillier de la culture rock. Un mixage quadraphonique d'Allan Parson authorisé par EMI et lancé au Planetarium de Londres fit toute une histoire, dont le groupe refusa de s'occuper. Mis à part ça, l'album fut un immence succès et est toujours leur plus grosse réussite commercialement parlant, avec 28 million de copies vendues à travers le monde.NM : Au début, Dark Side était une séquence de chansons nommée "Eclipse". La plupart ont été développée pendant les répétitions des concerts, et on l'a joué sur scène au Rainbow de Londres, on commençait les concerts de la tournée américaine de 1972 avec. Le concept a grandi avec les discussions de groupe à propos des pressions de la vie réelle, comme les voyages ou l'argent, mais Roger à ensuite élargi le champs vers une méditation sur les causes de la folie. Le lien entre les sonorités et les voies était très bien fait selon moi et à la fin, nous avons introduit l'usage d'un vieux synthétiseur, le VCS3. Les enregistrements étaient très longs mais pas lourds, cela n'avait rien d'un supplice. Nous travaillions vraiment très bien en tant que groupe, mais ce n'était pas seulement la musique qui en fit un tel succès. EMI et Capitol ont pris des mesures en Amérique, pour la première fois, ils ont investi beaucoup d'argent pour nous promouvoir. Et c'est ce qui a tout changé.
DG : Pour moi, la différence majeure avec cet album c'est que nous l'avons joué sur scène avant de l'enregistrer. Bien sur on ne pourrait pas faire ça de nos jours, on serait trop piraté. Mais quand nous sommes entrés dans le studio, on connaissait déjà tout. Note jeu était très bon, avec un feeling naturel. Et c'était une sacrée bonne pochette. La musique, le concept, la pochette, tout cela allait très bien ensemble. Pour moi c'était la première fois que nous avions de bonnes paroles. Les autres étaient satisfaisantes, ou faites à la va-vite ou tout simplement mauvaises. Sur Dark Side Roger a décidé qu'il voulait que personne d'autre n'écrive les paroles.